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J'aimerais
par ces quelques lignes vous faire part de considérations
personnelles concernant l'échange de classes rendu
possible par l'aide précieuse d'exchange.02.
J'ai demandé à mes élèves d'exprimer
leur point de vue à l'aide du questionnaire d'évaluation
fourni par exchange. La lecture de ces points de vue ne peut
que conforter l'idée que cet échange a été
une grande réussite.
Les élèves ont vraiment le sentiment d'avoir
eu la chance de vivre quelque chose d'unique.
Ce qui ressort avant tout de leurs réactions peut être
résumé ainsi:
- amélioration des compétences linguistiques,
surtout orales: on comprend mieux mais, surtout, on n'a plus
peur de s'exprimer. Et tant pis pour les fautes!
- découverte d'une autre culture, largement inconnue
jusqu'ici. (Les stéréotypes en ont pris un coup
durant ces deux semaines!)
- découverte d'une autre région de la Suisse,
d'autres paysages, d'autres coutumes.
- découverte d'une autre école, avec d'autres
règles et sans doute une ambiance différente.
- expérience, (pour certains c'était la première
fois) de quitter le cocon familial et de se trouver plongé
dans une famille dont il faut découvrir les coutumes
parler la langue et dans laquelle il faut trouver sa place.
- paradoxalement, découverte aussi de ses propres camarades,
que l'on voit sous un nouveau jour et auxquels on adresse
parfois pour la première fois la
parole...
- pour certains, naissance d'une amitié, qui se prolongera
par des échanges épistolaires et même
par des visites réciproques cet été.
- et, ne le nions pas, sentiment d'avoir "échappé"
à deux semaines d'école (!).
Comme pour les enseignants, les "couples" (formés
plus ou moins arbitrairement) ont très diversement
fonctionné: certains ont été dès
les premiers échanges une vraie histoire d'amour ("J'ai
trouvé une amie.") alors que chez d'autres la
mayonnaise n'a simplement
pas pris. N'en est-il pas ainsi dans la vie?
Mais, plutôt que de longs discours, je préfère
vous adresser en document attaché le texte qui résume
un peu cet échange et qui a paru dans notre petit journal
de l'école: les "Infos du Belluard".Robert
Schuwey CO Belluard Fribourg)
Adresse de mon correspondant:
Joe Brägger (OZ Grenzstrasse Amriswil)
I
ha di gärn
“Vous avez la réputation d’être
des voleurs (mais je pense que ce n’est pas vrai.) -
Vos coutumes doivent être très “suisses-allemandes”
et, désolée, mais, pour moi, ce n’est pas
super! - Je connais une copine qui vient de Suisse-allemande
et qui s’habille d’une bizarre façon (mais
ça ne veut pas forcément dire que vous vous
habillez mal...) - Ton école doit être minuscule,
avec beaucoup de classes et beaucoup d’élèves
serrés comme des sardines.”
Voilà, entre autres, quelques horreurs extraites de
la première lettre envoyée par mes élèves
de la classe 2K à leurs futurs “partenaires”
d’Amriswil (Thurgovie). Vous avez dit “Röstigraben”?
Quelques mois plus tard, après les échanges
épistolaires - lettres rédigées en classe,
puis messages plus personnels - les cartes postales, les mails
(voire les SMS!) et, surtout, la semaine passée ensemble
au début mai en Thurgovie, le ton avait bien changé:
“Je me suis rendu compte que je me suis totalement
trompé sur la ville, les gens et les mentalités.
- Je pensais que les Suisses-allemands étaient beaucoup
plus renfermés et très méfiants envers
tout ce qui vient de l’extérieur. Mais, en fait,
ils se révèlent très accueillants et
ouverts. - On a plein de choses en commun et je n’aurais
jamais pensé qu’on s’entendrait aussi bien,
nous deux. - Ce qui est formidable, c’est que j’ai
trouvé une vraie amie, avec laquelle je communique
encore et j’espère que ça durera longtemps.
- Il y a beaucoup moins d’églises que je ne pensais
(sic...)”
Il est bien sûr resté quelques étonnements:
“Ce sont des personnes comme nous, mais avec d’autres
coutumes. Par exemple venir me réveiller en chantant:
“Guten Tag, hast du gut geschlafen?””
Le contact avec nos partenaires thurgoviens, devenus des amis
pour certains - quelques-uns ont déjà pris rendez-vous
pour se revoir cet été - a été
enrichissant à plus d’un titre. Amélioration
certaine des compétences linguistiques (on ne passe
pas impunément une semaine en immersion totale dans
une famille et avec un(e) camarade de langue allemande), découverte
d’une contrée qui ne nous est guère plus
familière que le Népal ou la Patagonie, visites
de musées, d’une ferme et de sites touristiques
- sans oublier les expéditions à l’Expo.02
lorsque les Thurgoviens nous ont rendu la pareille - , contact
avec un autre système scolaire, mais, surtout, plongée
dans un monde en même temps si proche et si lointain,
monde peuplé jusque-là de stéréotypes
et d’images toutes faites.
Il a pourtant fallu du courage à certains pour “y
aller”, briser la glace et se jeter à l’eau.
Quelques réminiscences en témoignent dans le
“Tagebuch”, journal de bord que chaque élève
a rédigé - en allemand s’il vous plaît
- souvent avec l’aide de son camarade, et de plus ou
moins bon gré: “Heute ist die Abfahrt: ich
bin sehr nervös. - Je craignais que l’ambiance ne
tourne au cauchemar. Mais non... - Je pensais d’abord
que j’allais fortement m’ennuyer. Mais, tout compte
fait, je me suis bien amusé. - J’ai pensé,
en sortant du train: “J’espère que ce ne
sont pas des paumés...” Mais, heureusement, je
me suis trompée.”
Bien sûr, les enseignants avaient prévu des activités,
des travaux à mener par groupes de deux, des jeux,
et même des leçons bilingues. Mais l’essentiel
s’est sans doute passé loin de leurs yeux, lorsque
l’élève se trouvait à la table familiale,
à celle du MacDo ... ou au bowling, et qu’il fallait
vraiment communiquer: “Un soir, on a eu un de ces
fous rires: lorsqu’on ne savait pas un mot, on essayait
de le faire deviner en le mimant ou en le disant en anglais,
Et lorsqu’on trouvait le mot, on ne savait plus de quoi
on était en train de parler!”
Comment mieux illustrer les avantages de l’immersion
qu’en écoutant cet élève facétieux
s’approchant du maître, après quelques jours
en Thurgovie, et déclarant, d’un air faussement
contrit: “Monsieur, j’ai un gros problème:
quand je téléphone à ma maman, je lui
réponds “Ja, ja....”” N’est-ce
pas là la meilleure preuve que le contact s’est
bien établi et que, l’humour aidant, on se sentait
à l’aise au pays des pommes et du cidre? Et comment
ne pas être touché par cette lettre partie vers
la partenaire et qui se termine par un émouvant :
”I ha di gärn.”*
Les élèves garderont sans nul doute un souvenir
durable de cette expérience. Ecoutons-les encore: “Au
début, je n’étais pas trop motivée.
Mais heureusement qu’on a fait cet échange, car,
maintenant, j’ai envie d’y retourner et de tout
recommencer. - Lorsque je suis reparti, j’avais l’impression
de perdre des amis. - Je vais sûrement retourner à
Amriswil cet été. - Je sais que j’ai eu
beaucoup de chance de vivre cette expérience. - J’espère
que nous garderons contact après cet échange.
- J’ai fait beaucoup de progrès en allemand grâce
à toi, merci. Du wirst auch Fortschritten mit meiner
Hilfe machen.” Cet autre participant, emporté
par son enthousiasme, pousse sans doute le bouchon un peu
loin: “J’aimerais bien redoubler mon année
pour pouvoir revivre cette expérience, mais je doute
que mes parents soient du même avis.”
Un Fribourgeois, empêché de participer à
l’expédition en Thurgovie par une appendicite
malvenue, n’a pas rédigé son Tagebuch.
Et pour cause. Mais c’est ... son camarade alémanique
qui l’a fait à sa place!!! “Même
si je n’ai pas participé à cet échange,
j’ai quand même suivi les activités de ma
classe et de notre classe partenaire, grâce aux e-mails
que m’a fait parvenir mon correspondant, aux cartes postales,
aux téléphones, etc. Bref, j’ai l’impression
d’avoir participé à distance. Grâce
à mes copains.” Il a eu d’ailleurs l’occasion
de passer tout de même quelques jours avec son camarade,
puisque les parents se sont entendus pour organiser son séjour
en Thurgovie en profitant d’un des ponts du mois de mai.
Mais laissons la conclusion à cette élève,
emballée par cette expérience: “Un seul
mot pour décrire cette aventure: inoubliable!”
L’honnêteté impose tout de même de
ne pas passer sous silence le souvenir cuisant d’un Fribourgeois,
habitué au confort douillet du trolley: “J’ai
fait des kilomètres à vélo. Celui qu’on
m’a prêté était cassé, il
ne freinait plus et la selle était branlante. A part
ça, il était correct.” Comme quoi,
rien n’est parfait en ce bas monde!
Robert Schuwey
* Je t’aime bien.
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